Collectif "TARRA D'ACCOLTA", "CERCA", "PIERRES ANONYMES"

TARRA D'ACCOLTA, 160 p. 15€ (2015)

Tarra 1 de couv web

TARRA D'ACCOLTA
(Texte de 4ème de couverture)
Je ne sais pas qui tu es, mais je te vois prendre le livre ; le retourner comme on pousse une porte de la maison pour voir s'il y a quelqu'un ; le feuilleter comme on glisse un regard à travers les persiennes entrouvertes, à la recherche d'un visage.
Viens ! Ne reste pas sur le seuil. 
Entre ! Nous sommes à table. On pensait être une vingtaine et on s'est retrouvé à trente-cinq ! 
Posa ! 
Tu aimes les rêves ? 
Viens t'asseoir à côté des poètes?
Tu aimes les histoires ?
Viens à côté des conteurs.
Tu aimes décortiquer le passé ? 
Viens et approche ta chaise des historiens.
Tu t'inquiètes du présent ?
Parce que tu entends tous les jours des propos qui te heurtent ? Qui te mettent en colère ?
Viens, je te présente à ceux qui partent le plus fort. 
Tu te demandes aussi pourquoi nous sommes là ? 
Pour nous écarter un peu de ceux qui s'échauffent et hurlent à la ruine dès qu'un inconnu s'approche. Sans rejoindre ceux qui froidement calculent les bénéfices à faire sur le dos du dernier venu? 
Alors viens ! 
Tu aimes la Corse ? Depuis toujours ? 
Oh ! Qu'est-ce que tu attends ! Entre.
Depuis peu ?
Alors assieds toi n'importe où, et surtout sans façon : chacun d'entre nous l'aime à sa façon. 

Xavier Casanova
 

Tarra 4 de couv web

A Cerca, voyage a Tuminu - 80 p. 12 € (2012)

Couv a cerca

A CERCA
Le voyage à Tuminu.
Operata Culturale
Œuvre d'écriture collective

Préface de Marie-Jean Vinciguerra

                      
Le préfacier est le paradoxal accompagnateur d’un voyage auquel il n’a pas participé. Usurpant sa part de Paradis, il s’apparenterait plutôt à l’ouvrier de la onzième heure.
 A Cerca ou Le voyage à Tominu a été imaginé par une étrange confrérie, cette Operata, qui, par la miraculeuse juxtaposition d’aventures spirituelles singulières, de créations libres, signe une œuvre collective, bien indivis d’une communauté de poètes et d’artistes.  Déjà, il y a deux ans, sous le signe emblématique des surréalistes Cadavres exquis et d’un merveilleux poème de Tristan Cabral, La Saint-Jean, le souffle de l’inspiration individuelle s’était fondu dans l’ample respiration d’un poème polyphonique chanté en corse et en français, Pierres anonymes, Petre senza nome. Pourquoi les pierres ? Il ne s’agissait certainement pas d’obéir à un mot d’ordre, mais plutôt de répondre de manière personnelle à une seule injonction : mettre notre âme d’insulaire en résonance avec un élément essentiel, ce blason lapidaire, qui, du galet à la stèle, hante notre imaginaire.
 Cette fois, l’Operata se met en marche, à l’extrême bout d’une terre, vers des lieux familiers, pourtant lourds de secrets : un village face à la mer, Tominu, un tombeau, une source, un lavoir, une oliveraie, une église. …Quel sens donner à cette signalétique qui pouvait laisser croire à quelque jeu de piste  ou aux étapes programmées d’un pèlerinage de ringraziamentu. A Cerca, cet itinéraire suggéré, se veut essentiellement prétexte à une aventure  toute d’intériorité, car, comme disait Ségalen, « le vrai voyage est un voyage au-dedans de soi ». Le trésor, chacun, athée ou croyant, le porte en lui, mais pour le découvrir, il doit se mettre en route vers ces lieux que l’on dit inspirés, tout simplement parce qu’ils vous inspirent. Cerca circatoghia-quête et Quête- peregrinazione peregrina-pérégrination insigne-voici, au terme de cette exploration, l’ Operata, ces textes ex-votos, qui, dans l’expression même de leurs révoltes, sont autant d’actions de grâce : double hommage à l’Île et à la Poésie.
Ecoutons ces voix contrastées et fraternelles. Elles donnent  sens à une aventure partagée, qui, pour être littéraire, n’en est pas moins éminemment spirituelle.

Ugo Pandolfi fait entendre sa voix sarcastique. Un saint patron qui reste de marbre devant une jolie brune qui joue de l’escarpin, Tominu, « en panne de connexion » est bien au bout du monde. Fi de la table d’orientation ! La mer, immense, vous éblouit.

Vibrant de paroles empennées de soleil,  sur les chemins de l’Etre, le chant liturgique de Lucia Santucci !

Anna Albertini est venue jusqu’à Tominu, avec sa colère, des mots qui cinglent et sa rude tendresse. Elle entend ce que disent les morts et les oliviers. Elle a pris le parti de la sobriété, rien ne valant un long regard sur les îles. Elle reçoit sa récompense : la lumière qui se suffit à elle-même.

Francesca Weber Zucconi est amoureuse des mots. S’enchantant de leur brillance, elle nous entraîne dans les chatoiements d’une croisière à laquelle auraient été invités Paul Morand et Jean Lorrain. L’escale de Tominu devient le lieu des prodiges. La partie de plaisir se mue , sous les yeux de Gorgone, en voyage au pays du fantastique. Francesca ,mazzera, sœur d’Ondine et de la Lorelei, nous initie aux Arcanes de l’œuvre au noir.

Jean-Pierre Santini, à chaque station de sa marche, sous le vent en tempête,  nous fait ressentir l’absence dont se vêt la mort. Pourtant, la vie palpite dans chaque élément du monde- et le poète s’en émerveille :

                                                                    Au bal de l’oliveraie
                                                                    Les femmes sont belles
                                                                    Elles rient à corps perdu
                                                                    Près du tombeau ouvert

                  
Jean-Paul Ceccaldi fait dans une allègre chanson à boire un pied-de-nez à la mort.

Maria-Anghjula Antonetti-Orsoni, voix franciscaine de respect et de célébration des choses qui sont et de celles qui furent.
 Paroles justement mesurées qui effleurent le monde. Petites flammes de vie, lumières protégées de la paume.  

Guidu Benigni stigmatise le feu assassin et la mise à sac de sa terre. Le poète pleure l’errance de sa navicella démâtée. 
Lamentu et rimbeccu. Chant de déploration et d’imploration avec des mots de douceur et d’âpreté.
Désir d’une aube, après la traversée de l’enfer.

Hélène Mamberti nous entraîne, loin de Tominu, dans les soubassements de notre imaginaire, une aventure insolite et éprouvante, les dédales d’un monologue intérieur. Qui est cet il, qui, sans boussole ni fil d’Ariane,  Sisyphe kafkaien, ne cesse de creuser un lieu cauchemardesque ? Quel est le sens de ce travail infernal ? Avalé par une avalanche de boue, dans le ventre pourri  de la terre, lavé par l’eau glacée d’une rivière souterraine, il parle.  Est-il mort ? Le courant l’emporte. Souvenir apaisant du vieux lavoir du village,  rumeur du vent dans les oliviers…  Sommes-nous dans un rêve ? Lumière et bruit d’ailes. Apparition d’Hermès Trismégiste. Traversée dantesque de tunnels. Sensation de détachement. Les phrases de feu de La Table d’Emeraude s’inscrivent dans une  mémoire cahotique :«Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
Hermès s’efface.Dans une rose de lumière resplendit la Vierge Marie, la Mère protectrice.
Dilution des souvenirs , abolition du temps. Il n’y a plus de retour. plus de Table d’Orientation .
La question reste posée. Où est le sens ?
Le voyage d’initiation hermétique a-t-il débouché,  par la grâce rêvée de  Notre Dame du Bon Voyage, sur la Révélation ? 
Les archétypes du mythe ont-ils flambé dans le buisson ardent de la Mystique?

Dominique Casaux ( Chez  elle, « di Casa »,  à Tominu) n’a besoin ni d’équerre ni de compas pour exprimer sa connivence avec le paysage marin, la constellation en abyme des  îles de Finocchiarola et Capraia. Elle tire de son seul crayon le sang fruité de la Terre-Mère. Le galbe du tombeau des Orlandi gardé par le cyprès, l’effroi des oliviers sous le vent, les niches désertées de l’église, la chair de l’eau androgyne dans un jardin de pierre et de silence, tout s’illumine dans L’0Euvre au rouge.  De sa main entrouverte, La Dame du Bon Voyage épand sur la procession sa grâce.

Après tant d’épreuves, de prodiges et d’incantations, n’était-il pas rafraîchissant pour nos pèlerins de l’Operata d‘entendre
la chanson de Norbert Paganelli, cette petite musique, tendre et pudique, qui dit avec une malicieuse fantaisie la mélancolie de notre condition humaine. Ne nous donne-t-elle pas aussi, sans en avoir l’air, la clef du sens de notre Quête et du trésor découvert au terme du voyage :

                                                    La plénitude seule
                                                    Enchaîne la quiétude
                                                   Aux espaces sans mesure
                                                
                                                    Hè cusì chè no faremu

                                                                                        Marie-Jean Vinciguerra
 

Pierres anonymes, Petre senza nome- 64 p. 10€ (2010)

pierres-anonymes-web2-1.jpg


PIERRES ANONYMES


Un soir de l’été 2009, animés par l’enthousiasmante volonté de favoriser la promotion de la littérature corse, nous, écrivains et artistes, nous nous sommes rassemblés, à Luri, pour en débattre, et, par delà nos expressions et voix singulières, unir nos énergies dans un combat commun sous le signe emblématique de la si bien nommée in lingua nustrale : « Operata culturale ». Un Manifeste a concrétisé notre ardent appel à une littérature inspirée par l’esprit du Lieu et ouverte sur le monde. L’Autre, Ici comme Ailleurs, est notre désir. Refusant la tentation mortifère d’un régionalisme dépassé, les clichés d’une production folklorisante imposée par la tyrannie d’un marché qui, hier comme aujourd’hui, stérilise la  véritable création, nous incitons les écrivains et les artistes à libérer les forces vivifiantes de leur imaginaire.
Le recueil que nous offrons à nos lecteurs veut témoigner de cette ambition. Il se présente comme le blason paradoxal et poétique d’une démarche révolutionnaire, illustrée par un jeu auquel les surréalistes ont donné ses lettres de noblesse : Le cadavre exquis. Au-delà de son aspect ludique, cet exercice se révèle hautement spirituel. Chaque voix originale se fond dans une symphonie. De cette nébuleuse, scintillante sous ses masques, sourd un monde authentique.
Il y a les moments du doute et le temps de la résurrection. Les surréalistes s’opposaient au primat oppressif  d’une raison totalitaire. Nous crions, nous chantons contre toutes les oppressions. La culture que l’on a voulu momifier se délivre de ses bandelettes. Le cadavre se dresse, arrache son bâillon pour dire les secrets scellés dans la pierre. Ce thème n’est pas innocent : Le poème-symbole, comme une fronde, lance ses pierres, non pour une lapidation, mais pour marquer les lieux de notre mémoire, y graver notre rêve de liberté. Comme dans la fable, cailloux et galets tracent le chemin.
 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 23/04/2016