PIFERINI Dominique

Couv vie en negatif premier

Préface

 

Il est des romans que vous lâchez après seulement quelques pages, il en est d’autres qui vous prennent à la gorge et ne vous lâchent plus. Le troisième roman de Dominique Piferini, origi-naire de Venaco en Haute-Corse, au titre trompeur de La Vie en Négatif, entre sans conteste dans cette deuxième catégorie.

Car La Vie en Négatif n’est pas comme on pourrait le croire une vie négative, mais une vie qui ne se livre pas d’emblée, tel le négatif d’une photographie qui attend la lumière opaline de la chambre noire pour prendre forme et révéler peu à peu ses secrets.

C’est la Quête d’un amour perdu et finalement retrouvé, mais qui n’a plus sa place dans la vie de Flora et Sakko le saxophoniste mutique lui qui ne sait chanter ses sentiments qu’avec son ins-trument.

Flora fera une nouvelle rencontre et comprendra que le bon-heur auquel elle aspire - « Le rêve toujours possible d’un idéal qui ne serait pas chimère » - n’existe pas dans le présent, il doit être cherché dans le futur.

 

On pense à Kafka : « Tant que tu ne cesses de monter il y a toujours des marches qui se dessinent sous tes pas ». On pense à Fourrier « Une terre promise qui n’est jamais tenue.»

Mais l’urgence de l’Autre ne se circonscrit pas à la relation amoureuse. Des stades de Santiago aux townships de Pretoria, dans le même souci de l’humain, l’engagement politique contre la barbarie et les discriminations vient donner un sens à la vie.

Des ruelles du Quartier Latin aux montagnes de Corse, le scalpel de l’auteur triture les plaies à vif d’une vie de blessures et de rendez-vous manqués. Blessure de l’enfance passée loin des parents dans une institution aux principes rigides, blessure de la jeune femme violée dans un théâtre désaffecté, blessure de l’absence de l’être aimé et de sa mise en doute de la parole donnée.                                                                  

La mort ici n’est jamais très loin de l’amour, car l’amour porte déjà en lui les germes de sa propre destruction. « Il [Sakko] me déshabillait lentement comme on prépare un mort. » laisse au lecteur un goût de cendres dans la bouche.

 

Sakko, saxo, les mots claquent comme des oriflammes sous le vent. Style charnel, impudique parfois. Phrases qui s’étirent en de longues mélopées, bercent le lecteur, se retirent comme l’amour donné et puis soudain repris. Ici, une phrase se termine en un vers alexandrin et fait chavirer l’âme, là, le rythme s’accélère dans le tumulte assourdissant des sentiments.

La Vie en Négatif est une œuvre douloureuse à laquelle chaque être éperdu d’amour ayant croisé la route de l’Autre sans le reconnaitre pourra s’identifier. Elle nous questionne sur les ter-mes du rapport amoureux ainsi que sur le lien dialectique entre l’amour et l’écriture : « Écrire… est un acte d’amour… ou bien est-ce aimer qui pousse à l’écriture ? »

Roland Barthes distinguait les écrivains des « écrivants », nul doute que Dominique Piferini a le talent de l’écrivain.

 

                                Alain Giuseppelli

                                Professeur agrégé d’anglais.   

                               Originaire de Peri, Corse du Sud.                           

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 23/04/2016