Le casoar - Alexia Angeli

Le casoar (98 pages, 12 €)

Couv 1ere le casoar

Pourquoi qualifier l'inqualifiable ? Ne serait-ce pas réducteur ?

Voici une invitation au voyage à la recherche du moi profond, une balade métaphorique et poétique au travers des lieux insulaires chers à mon cœur. Une petite porte dérobée dans les méandres sinueux du maquis qui suscite la réflexion sur le véritable sens des choses, de la vie, des êtres.

Née à Bastia, Alexia ANGELI, dont l'écriture vacille entre la Corse et la Sardaigne, deux iles dont elle est originaire, propose une poésie nostalgique des valeurs perdues ; la réalité de l'auteur se mêle à l'imaginaire et à la prose. Le casoar, son premier ouvrage, permet à sa plume de prendre son envol. 

Illustration : Estelle Chomienne

EXTRAIT 1 Le zéro Page 9

Le zéro

Avant Galilée, la terre était plate. Le monde était persuadé de cette théorie. Ceci était un fait que nul ne pouvait déroger. Les hommes vivaient sur une terre plate, comme écrasés par le poids de leur vanité. Cela peut nous paraître aujourd’hui insensé. Pourtant, autrefois, l’homme était convaincu de cette doctrine sous prétexte qu’un autre homme le lui imposa. Galilée, lui, était un physicien rêveur, qui n’avait de cesse de contempler les étoiles. Considéré comme fou par ses semblables, il resta persuadé de la rotondité de la terre. Ceci lui causa bien des tourments, cependant l’histoire lui donnera raison… 

L’homme ne possède pas de savoir inné. Tout au long de sa vie il développe sa faculté d’apprendre. Il apprend à marcher. Il apprend à manger. Il apprend à lire et à compter. Il apprend selon des règles établies par les autres hommes. Personnellement, je me suis toujours demandée si ces règles étaient vraies.

Pourquoi l’homme ne devrait-il pratiquer qu’une seule façon de marcher alors qu’il peut tout aussi bien le faire d’un seul pied ? 

Pourquoi devrait-il lire de gauche à droite alors qu’il peut tout aussi bien le faire de droite à gauche ? 

Pourquoi devrait-il boire dans un verre alors qu’il est en capacité de boire avec ses mains ?

J’ai toujours accordé une grande importance aux règles, mais, en réalité, je suis une adulte qui marche avec un seul pied, lisant de droite à gauche et buvant avec ses mains. 

Tout comme Galilée, je suis une rêveuse, qui garde la tête dans les étoiles.

Mais contrairement à lui, je n’ai jamais aimé les chiffres. Je me suis toujours interrogée sur leur principale fonction. Ils sont là pour additionner, pour soustraire, diviser ou encore simplement nous démontrer que le temps nous rattrape. 

Pourquoi commencer à compter par le un alors que le chiffre qui le précède est bien plus influent ?

Le zéro, souvent oublié par l’homme est pourtant le nombre le plus important de l’histoire des chiffres. Il symbolise l'indifférencié,   l’incréé, le vide qui attend d’être fécondé. Les mayas le représentaient par une coquille vide, symbole du fœtus attendant patiemment sa venue au monde.   

Le monde est infesté, comme brouillé par les chiffres. Et ceci débute dès notre plus jeune âge. Chaque nouveau-né se voit attribuer un bracelet chiffré dans le but de le différencier des autres. Plus tard, à l’école, l’enfant est victime d’un barème de notes allant de zéro à vingt indiquant si son devoir est mauvais ou bon. Devenu adulte, il apprend que tout se monnaie et demeure en perpétuelle poursuite des chiffres et du temps. 

Si les hommes devaient s’attribuer eux-mêmes un chiffre, une note sur un podium, la plupart d’entre eux seraient des numéros un, des numéros deux, des numéros troisMoi, je me suis toujours considérée comme un zéro attendant patiemment ma venue au monde.

Le zéro est le nombre qui précède toute chose. Nous n’en avons pas toujours conscience, mais chacun d’entre nous possède un zéro, un point de départ. 

 

EXTRAIT 2 à tous les casoars Page 96

                                                                                                          À tous les casoars, 

Il arrive parfois que dans la basse-cour,

Remplie d’ânes, de dindons et autres vautours

Qu’un oiseau malchanceux se niche parmi eux.

Il observe attentif avec ses yeux vitreux...

 

Ses ailes engourdies par bassesse et moqueries

Et son poids imposant, et sa patte meurtrie

Ecorchée et saignée par tant de calomnies,

Le condamne à rester prisonnier de son nid.

 

Il regarde, envieux, ses compagnons voleter

Et reste abasourdi par leur férocité,

Eux qui pourtant se vantent d’être ses amis

Lui infligeant chaque jour leur lot de mépris.

 

Que le monde est bien bas ! Dans cette basse-cour !

Il remercie pourtant ses amis alentour

Qui bêtement se contentent de voleter

Tandis que l’oiseau malchanceux peut s’élever.

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 18/07/2019