Un chemin vers l'Un

Un chemin vers l'Un

Couv un chemin vers l un

LES QUATRE ELEMENTS

La Terre me rappela qu’elle était ma mère primordiale. Il est vrai que j’étais momentanément confiné dans l'étroitesse d’un lieu où, par le noir des murs et les os croisés de la mort, tout m’évoquait la fosse commune. Et un trognon de pain sec renvoyait à la dérisoire nourriture, à la vanité des bijoux d'or, aux valets de terre cuite, aux canopes et aux fioles de parfums des tombes pharaoniques. Une coupelle de soufre suggérait la terre enfouie et l'enfer des mythes mais il y avait aussi un petit monticule de sel, ce sel que donne la terre et qui est principe de vie, ou que donne l'eau d'où nous venons et qui est vecteur de vie. Pourtant, dans ce passage, la faux de la mort sur le sablier du temps se voulait menaçante mais paraissait sans effet sur la lumière d’une vieille bougie qu'elle ne pouvait éteindre et qui m’évoquait un nouvel avenir. N'est-il pas dit dans la Genèse que Dieu ayant chassé l'Homme de l'Eden et le voyant malheureux lui donna l'espérance ? Celle de la lumière, celle du Juste, celle de l'apôtre Jean qui voit les sept flambeaux du Jugement Dernier et, comme le Phénix, y perçoit le symbole d’une renaissance.

Mais les six principes comminatoires de ce cabinet de réflexion m’impressionnèrent et me rappelèrent qu'il n'y a d'espoir que dans l'abandon de tout ce qui appartient à nos instincts les plus bas, les plus "terre à terre" comme l'ambition, l’envie, la curiosité mécréante, la malveillance.

Ce lieu inhospitalier m’enseigna la nécessité d’apprendre à me connaître en m’aidant de la vigilance et de la ténacité. Mais le chemin s'annonçait long et difficile, bordé des embûches des éléments, symboles vivants des épreuves de celui qui veut être initié.

Je frappais donc à la porte du Temple, dénudé des métaux qui faisait mon grade social, comme un enfant qui ne pense qu'à grandir, espérant être assez fort pour subir les épreuves que mon imaginaire, depuis plusieurs semaines, ne faisait que supputer.

Au contact de l'Eau, je pressens qu'elle fait renaître à la vie, comme celle d’une oasis en plein désert qu'est l'homme naissant et qui, par l'eau, peut faire éclore ses qualités mais peut aussi noyer toute flamme. Elle n'est finalement, comme le liquide amniotique qui baigne le fœtus, qu'une première étape de la vie, l'étape élémentaire mais indispensable à toute vie et, telle la substance fondamentale qui irrigue toutes nos cellules, le primum princeps et le maintien de la vie.

Alors surviennent le tumulte de chaînes et des obstacles à surmonter, jambes vacillantes, me montrant bien que cette renaissance n'est pas facile, qu'elle demande une volonté librement engagée et un consentement total à se dégager de tout ce qui fait notre matérialité. J'avoue qu'étant sensible aux bruits, le fracas ambiant m'impressionne tout autant que la musique tonitruante, et l'effet est saisissant.

Puis le Feu, celui de la flamme, mais sans sa lumière occultée par le bandeau, les bruits atténués et cette volonté toujours demandée mais plus affirmée et plus exigeante. Ce feu purificateur qui consumera mon corps au moment des adieux. Heureusement que l'accueil, pareil à la musique, paraît plus fraternel, plus chaleureux. Comme ces mains qui me guident et me rassurent.

Enfin l'Air. La purification s'effectue par le souffle, pareille à un serpent qui cède au vent chaque printemps ses vieilles peaux. Et puis tous ces outils, tenus en main ou pointés sur ma poitrine, qui paraissent mesurer mon cœur et mon esprit, et l'injonction toujours plus forte, plus précise et plus exigeante. A chaque demande, j'acquiesce, comme en léthargie, en me demandant si je tiendrai mon engagement. Mais je sens confusément que je ne serai plus jamais seul, que tous les autres me tendront une main secourable s'il advenait que je vacille. Et je sais désormais que je ne suis pas un adepte mais que j'essaierai d'être un exemple.

Lorsque pour la première fois le bandeau m’est enlevé, mes yeux ne voient que les pointes et les fils des épées qui me visent tandis que ceux qui les tiennent m'apparaissent bien plus menaçants tant la menace est dépersonnalisée.

Et puis ce terrible engagement d'aller jusqu'à la mort s'il advenait que ce soit nécessaire. J’espère secrètement que le cas n'échoira pas. Toujours est-il que le chemin est engagé et qu'il peut être ultime.

Lorsque le bandeau m'est enfin définitivement ôté, je suis définitivement marqué.

Enfin un tablier d'agneau blanc me ceint pour toute récompense, assorti de gants blancs, et le serment sur “trois Grandes Lumières” suivi de l'entrée dans une chaîne d'union.

Dès les premiers secrets chuchotés, c'est peu dire que je sors de ces épreuves, bouleversé.

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau