RIBELLA

RIBELLA SUR ISULARAMA, par Xavier CASANOVA

RIBELLA

Entretien paru sur le blog INVISTITA de Norbertu Paganelli. 

   Marie–Paule Dolovici vient de signer son premier ouvrage : un livre de nouvelles que les éditions A Fior di Carta ont placé dans les rayons des librairies insulaires il y a peu. 
Un nouvel auteur (nous devrions dire une nouvelle auteure) c’est toujours un moment important car il témoigne de la permanence de l’écrit au sein d’un univers qui semble parfois l’oublier ou le sous-estimer.

En faisant le choix de textes courts, Marie-Paule n’a pas opté pour la facilité car le genre de la nouvelle est réputé difficile tant sur le plan rédactionnel que sur le plan de l’engouement du public qui, on le sait, préfère les romans. Raison de plus pour lui donner la parole et écouter ce qu’elle a à nous dire sur ce coup d’essai.

La première nouvelle du recueil donne son nom à l’ouvrage. Est-ce à dire que cette histoire relatant l’épisode « paolien » doit être considérée comme une sorte de clé de lecture du reste ?

Poussée par je ne sais quel instinct, j’ai présenté le recueil en mettant cette nouvelle en premier à mon éditeur. Je n’ai pas réfléchi au pourquoi du comment. Cependant, après-coup, je réalise que cette histoire symbolise la difficulté au renoncement et qu’elle se termine par un suicide. Tout comme celle qui clos le livre d’ailleurs. 

Cette jeune femme  rêve d’une vie impossible pour l’époque, régie par des codes auxquels il fallait se soumettre vaille que vaille. Elle s’y plie plus ou moins, tout en rêvant d’un amour inaccessible, que lui refuse le destin et, devant cet échec, la mort semble être la seule échappatoire possible.
Quant à notre héros, (Paoli bien évidemment), il assiste, impuissant, à la fin d’un monde qu’il a bâti de ses mains et qui représente une partie de ses espoirs. La Corse et mon héroïne disparaissent de sa vie. Lui ne peut que choisir la fuite. 

Et finalement, je crois que c’est bien le thème central qui se dégage de mon ouvrage : la lutte contre le destin, la poursuite de rêves illusoires, et l impossibilité de faire face à ses propres échecs.
Dans Dernière soirée, l’héroïne doit accepter son propre corps et subir le regard sans concession de la société qui la rejette et se moque d’elle.
Face à l’extrême cruauté de ceux qui l’entourent, elle renoncera à ses rêves et à la vie …sa propre mort la vengera.
 Cependant quelques nouvelles sortent de ce schéma : celles qui concernent mon enfance, notamment …

 J’en reviens au titre lui-même…Le thème du rebelle est un véritable leitmotiv de l’imaginaire insulaire…Les Corses seraient-ils enclins à être des rebelles ou ne s’agit-il pas d’une image d’Epinal ?

Si vous êtes attentifs, on se rend compte que mes rebelles, dans ce recueil, sont des rebelles ratés…
La première voudrait défier la société, et  n’y parvient pas, celle de Dernière soirée rêve d’être aimée, celle de Pavane voit son monde disparaître alors qu’elle vieillit…vouloir conquérir. un cœur ou un monde et rester sur le carreau…Il y a quelque chose d’identique dans Déjeuner à Argenteuil : la rebelle cherche à participer à une remise en cause de la société mais découvre qu’elle reste parfaitement à l’écart… 
Même Paoli, le Rebelle définit comme tel par Gênes et la France, est obligé de fuir…

Ce terme de rebelle est remarquable. Il faut savoir que la République de Gênes et le Royaume de France désignaient ainsi toute personne prenant les armes contre elles. Elles se définissaient comme étant le pouvoir légitime. Paoli par contre, désignait ainsi toute personne opposée à son gouvernement. Jamais il n’aurait admis être un rebelle.
Il se considérait comme le représentant légitime d’une nation.  
Aujourd’hui au contraire, on s’en glorifie…
Est-ce une image d’Epinal ? Disons que les Corses s’approprient les clichés et les renvoient tel un miroir…

La nouvelle intitulée « Pavane pour une infante défunte » est saisissante. Quel message  avez-vous souhaité faire passer ?

Une femme voit son monde disparaître petit à petit, alors qu’elle-même dépérit, elle fait face à son miroir et à son passé, à sa gloire et à sa déchéance.
C’est une femme libre, elle aussi, une rebelle à sa manière. Elle a utilisé sa beauté et son intelligence pour être  au centre du pouvoir et user de son influence. Libre et libertine, elle prend soudainement conscience qu’elle est devenue …transparente, qu’elle est tombée dans l’oubli et qu’elle doit se retirer du monde…Ce qui équivaut pour elle à la mort. J’ai choisi cet instant, où elle se prépare à cette « dernière soirée » car c’est un moment crucial, elle est face à face avec sa solitude. 
La solitude est aussi un thème récurrent de mon ouvrage

Je me suis inspirée de ces « courtisanes «  (je n’aime pas ce mot, il est très péjoratif) du XVIIe  qui tenaient salon et étaient une sorte de catalyseur pour les intellectuels de l’époque. Je pense à une Marion Delorme ou à sa comparse : Ninon de Lenclos mais aussi aux grandes favorites de la période suivante..
Je me suis demandé ce qu’elles éprouvaient face à leur vieillesse et face à leur monde qui disparaissait…

 L’érotisme est bien présent dans votre ouvrage (je pense à Chambre 12 mais aussi, bien    entendu,  à Dernière soirée…). Qu’est-ce qui pousse un auteur à aborder ce thème ?

Chambre douze, Par delà le bien, Dernière soirée, Création mystique….
Oui il y a de l’érotisme et du sexe…Mais je n’appellerai pas ça un thème. C’est plutôt un des moyens mis à ma disposition pour expliciter des sentiments…Ce peut être la solitude (Dernière soirée) , la création artistique et l inspiration, (Création Mystique) ou bien la culpabilité (par delà le bien…) ou  pour exprimer une douleur face à un amour impossible et interdit.. (Chambre 12) Je pense que si l’on ressent le besoin d’aborder une histoire par ce biais,  il ne faut pas en avoir peur. 
Dans certains cas, cela s’impose à moi naturellement, ce n’est pas calculé.
Je n’ai pas fait non plus cela pour créer l’événement ou me plier à une mode (soi-disant initialisé par 50 nuances de grey.), je n’ai pas voulu surfer sur la vague comme on dit.
Je  m’oppose aussi à toute dénomination de pornographie. Même si certains passages sont très crus, ils sont là pour aider à raconter une histoire, et non pour eux-mêmes. 
 
Je voudrais maintenant en venir à votre processus d’écriture…Comment naît une histoire ? Quelle durée s’écoule entre l’idée d’un texte et sa réalisation ?

C’est très curieux : cela me vient d’un coup. C’est du moins la sensation que j’en ai. Je suppose que cela carbure de façon inconsciente. Souvent je pars de petites choses. 
Ce peut être un détail historique, la vision d’un tableau impressionniste par exemple, la découverte d’un paysage ou d’un lieu, l’histoire d’un personnage…
Par exemple le Sieur Don Gesualdo (Blue Note)  a parfaitement existé. J’ai appris son existence à la radio (merci France Musique !) et j’ai été stupéfiée par cette histoire. Il en est de même pour notre pilote de Lancaster (Bomber hart)… Création Mystique m’est venue en regardant tout bonnement l’ incroyable sculpture du Bernin, la Bienheureuse Ludovica Albertoni…Impossible de résister à un tel appel.
D’autres nouvelles naissent de mon imagination délirante par de petits détails vécus que je transforme tout à loisir. ( Debarras, Dancernapping)

Cependant je dois ajouter une chose importante. Beaucoup de ces textes sont nés sur la toile, au sein de certains sites littéraires, parfois délirants, (Mirvella, Old Pievan, Musa Nostra et Anima Cappiata,,) qui ont largement contribué à me stimuler. Je ne peux, à ce propos, que remercier les instigateurs comme M. Biancarelli, M. F Bereni ou le groupe d’Anima Cappiata.

Je n’ai par contre aucune idée du temps qui s’écoule. Ça peut être très variable…deux heures ou six mois…
 
Faut-il considérer que tes textes sont, quelque part, des témoignages sur l’état actuel du monde ou plutôt une dénonciation de l’existant ?

   Je ne crois pas dénoncer...C’est bien plus un constat, un constat amer certes... celui d'être dans l'impossibilité de lutter contre une certaine destinée.
Il me semble qu’en dépit de nos rêves, et nos engagements nous demeurons impuissants à transformer le réel. 

Par ailleurs, un rebelle n'est plus un véritable rebelle s'il réussit. S’il ne réussit pas il endosse le costume du vaincu mais il contribue à  faire émerger un mythe qui peut devenir fondamental pour les sociétés à venir. 
Quant à l’amour, c'est aussi un perpétuel combat…un combat contre les obstacles qui se dressent et dont l’un est l'objet de cet amour lui-même.
 Il ne s’agit pas d’un simple constat sur l’état actuel du monde. Mon propos tente d’embrasser le passé, le présent ...et le futur ! Touche-t-il à la nature humaine ? Ce n’est pas exclu….


Pedru-Felice Cuneo-Orlanducci 
Auteur 

« Ribella », le recueil de nouvelles de Marie-Paule Dolovici, édité par « A Fior di Carta », est un petit ouvrage sans prétention au style facile et fluide, un bouquet d’histoires très variées, sans continuité d’un texte à l’autre, hors les souvenirs d’enfances, et les deux écrits sur Pasquale Paoli. 
  
On saute sans difficulté d’une époque à une autre, naviguant au gré des situations, tandis que défilent des personnages auxquels on se surprend à s’attacher non sans tendresse, le temps d’une lecture, partageant leurs joies, leurs peines, leurs émotions. 
  
Le style est doux et rattrape aisément les quelques faiblesses et lourdeurs de construction. Lorsque l’on ouvre ce livre, on ne plonge pas dans un abîme insondable où le sens serait si obscur qu’il finirait par être laissé à l’interprétation d’un lecteur désorienté, telle la vision d’un monde qui n’appartiendrait qu’à une toute petite élite. Non ! 
Au contraire, Ribella nous invite à nous promener, à travers un beau sentier passant par la mer, la forêt et la montagne, et toute la gamme de nuances intermédiaires, sans jamais lasser ni désorienter le lecteur qui passif, se laisse porter par la vague des mots qui nous guident et nous laissent pénétrer dans un imaginaire distrayant. 
  
Car l’auteur, au gré de ses fantaisies et de ses inspirations, est une conteuse authentique. Elle sait rêver et nous faire partager ses songes avec une passion non feinte pour chacun de ses sujets. Rarement poussifs, ses mots nous transportent par les émotions qu’ils traduisent avec une simplicité touchante qui évoque assez l’écriture de Colette, par son style, sa douceur, et sa passion. 
  
Car tel pourrait être le fil conducteur des histoires que compte ce livre : la passion. Qu’il s’agisse de passion amoureuse comme par exemple dans « Déjeuné à Argenteuil », « Chambre 12 », « Baia », de passion créatrice comme dans « Bomber heart », « Création mystique », et le très autobiographique « Instant culinaire », d’une certaine forme de nostalgie non passéiste que l’on retrouve dans les récits de l’enfance, ou de tout autre type de passion, les mots sont toujours très imprégnés de vie, comme s’ils voulaient sortir de leurs pages, dans l’unique ambition de nous divertir plus encore, de prolonger le plaisir de la lecture. 
  
En dépit de la grande richesse des thèmes abordés, qui pourrait passer dans un prime abord pour de l’éparpillement, l’ensemble des personnages portent tous en eux la flamme d’une passion souvent dévorante, parfois fatale, qui constitue la plupart du temps la source même de chacune des intrigues. Les situations sont souvent tragiques, parfois comiques, quelques fois absurdes, mais la platitude n’a pas droit de cité ici. Même un court récit décrivant une banale recette de cuisine prend sous sa plume de l’intérêt. 
  
Le caractère touchant de ce recueil peut également s’expliquer par le lien qu’il parvient à établir entre le régional et l’universel. Si l’on excepte les récits historiques, aucune nouvelle ne se trouve située dans un espace bien précis, et pourtant, on ressent très nettement une vraie proximité avec les protagonistes et les événements. Cela tient, je pense, dans le fait que l’on se reconnait tous dans ces personnes, qui évoquent un vécu universel inscrit potentiellement en chacun de nous. 
  
Je n’en puis dire davantage, craignant d’arriver aux limites de ce que l’objectivité minimale d’une critique requiert sur la nécessaire part de subjectivité propre à chaque lecteur. Certes Marie-Paule Dolovici n’a pas la maîtrise stylistique d’un grand virtuose de l’art littéraire, d’un Proust, d’un Malraux ou d’un Gracq, mais ses écrits sont sympathiques, et on se sent bien dans la lecture de ce livre, dont on regrette de voir arriver la fin. On en veut plus, encore plus, toujours plus. 
Même les nouvelles peuvent nous laisser sur notre faim tant elles nous donnent envie de les voir continuer, savoir si quelqu’un est venu au secours de Jeanne, si Ginette a enfin réussit à trouver l’amour véritable, ce qu’il advint enfin du naufragé, quelle fut la destinée de l’insolite prisonnier de cette horde féminine si avide de sa vigueur, et tant d’autres. 
  
Cet agréable livre n’a pas d’autre ambition que de nous faire passer un bon moment de lecture. L’objectif est atteint. 

 

Paul Semidei 
Lecteur
Avec ce recueil, piqué à une copine, je découvre l’écriture de Marie-Paule Dolovici. Belle découverte, et sacré surprise.Je craignais assez, avec le côté artisanale de la chose, une écriture simple mal construite et sans intérêt. Je me trompais. Bien que ce ne soit que sa première publication, l’écriture de madame Dolovici, ni surannée, ni commune, est naturelle et son imaginaire très généreux. Malgré une tendance à aller dans tous les sens, ses écrits se recoupent dans la profonde humanité de ses personnages et ses situations. Quelques soient les époques et les contextes abordés, les thèmes, et préoccupations sont universels. Beaucoup sont en rapport avec des histoires d’amour, toutes tristes, et me rappellent assez mon premier amour et cette étrange souffrance qui fait battre ensemble deux cœurs plus fort encore lorsque tout n’est pas tout rose.
J’ai adoré aussi son rapport très fort à la nature, à la terre, très intense et en même temps si simple.
J’ai bien aimé les histoires de ce livre. Un premier livre très prometteur.


 

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Commentaires (1)

1. ElvaLvy (site web) 16/11/2017

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Date de dernière mise à jour : 02/11/2017